ATTENTES ET STRATÉGIES POUR UNE SOUVERAINETÉ EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE EN MAURITANIE

Introduction

La sécurité alimentaire constitue l’un des fondements essentiels du développement économique et social de la Mauritanie. Elle ne consiste pas uniquement à disposer de nourriture en quantité suffisante, mais également à garantir à la population un accès régulier à des aliments sains, nutritifs, accessibles et produits dans des conditions durables.

Pour la Mauritanie, la recherche d’une plus grande souveraineté alimentaire représente un enjeu stratégique. Il s’agit de renforcer progressivement la capacité du pays à produire, transformer, conserver et distribuer une part croissante de ses besoins alimentaires, tout en maintenant des échanges commerciaux permettant de compléter la production nationale lorsque cela est nécessaire.

L’Alliance pour la Souveraineté AgroPastorale en Mauritanie (ASAP-M) souhaite contribuer à cette dynamique en rapprochant les producteurs, éleveurs, transformateurs, commerçants, investisseurs, jeunes, femmes, institutions publiques, partenaires techniques et financiers autour d’une ambition commune : faire de la production agroalimentaire nationale un moteur de sécurité alimentaire, d’emploi et de développement économique.

I. NOS ATTENTES

1. Produire davantage et mieux

L’une des premières attentes est l’augmentation progressive de la production agricole et animale nationale.

La Mauritanie dispose de potentialités qui peuvent être davantage valorisées, notamment dans les zones agricoles, pastorales et oasiennes. L’objectif est de développer une production adaptée aux réalités climatiques et aux ressources disponibles.

Il est notamment attendu :

  • une augmentation des superficies effectivement exploitées ;
  • une amélioration des rendements agricoles ;
  • une meilleure valorisation des ressources en eau ;
  • le développement de cultures adaptées aux différentes régions ;
  • l'amélioration de la productivité de l'élevage ;
  • la préservation et l'amélioration des races animales locales ;
  • l'introduction raisonnée de races et de variétés étrangères présentant un potentiel d'adaptation et de productivité ;
  • une meilleure organisation des producteurs et des éleveurs.

L'ambition n'est donc pas simplement de produire davantage, mais de produire davantage avec moins de gaspillage, une meilleure maîtrise des ressources et une meilleure rentabilité pour les producteurs.

2. Réduire progressivement la dépendance alimentaire extérieure

La souveraineté alimentaire ne signifie pas nécessairement l'arrêt des importations.

Elle signifie plutôt que le pays doit être capable de satisfaire une part croissante de ses besoins essentiels grâce à sa propre capacité productive et de réduire sa vulnérabilité face aux crises internationales, aux fluctuations des prix et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement.

L'Alliance souhaite ainsi contribuer à identifier les produits alimentaires pour lesquels la Mauritanie dispose d'un potentiel réel de production et de transformation.

Il pourrait notamment s'agir de renforcer progressivement la production nationale de :

  • céréales ;
  • légumes et fruits ;
  • lait et produits laitiers ;
  • viandes rouges ;
  • volailles et œufs ;
  • poissons et produits halieutiques ;
  • dattes et produits issus du palmier ;
  • aliments pour bétail ;
  • produits agroalimentaires transformés.

Cette démarche doit être progressive, réaliste et fondée sur les avantages et les potentialités de chaque région.

3. Assurer la disponibilité alimentaire dans toutes les régions

La sécurité alimentaire doit concerner l'ensemble du territoire national.

Il est donc nécessaire de renforcer les systèmes de production et de distribution afin que les populations des différentes régions puissent accéder régulièrement aux produits alimentaires essentiels.

Cela implique notamment :

  • le développement des marchés locaux ;
  • l'amélioration des routes et moyens de transport des produits agricoles et animaux ;
  • la création de plateformes de collecte ;
  • le développement d'entrepôts et de magasins de stockage ;
  • l'amélioration des systèmes de conservation ;
  • la mise en place de chaînes du froid lorsque cela est nécessaire ;
  • le rapprochement entre zones de production et centres de consommation.

La sécurité alimentaire repose ainsi autant sur la production que sur la capacité à faire parvenir cette production au consommateur dans de bonnes conditions.

4. Réduire les pertes et le gaspillage

Une partie importante de la production peut être perdue entre le producteur et le consommateur en raison de problèmes de conservation, de transport, de stockage ou de transformation.

L'une des attentes majeures est donc de transformer cette perte en opportunité économique.

Cela nécessite :

  • des équipements de conservation ;
  • des chambres froides ;
  • des unités de séchage ;
  • des unités de transformation ;
  • des emballages adaptés ;
  • une meilleure organisation de la commercialisation ;
  • la formation des producteurs et transformateurs.

Produire plus est important ; préserver ce qui est produit l'est tout autant.

5. Développer la transformation locale

La souveraineté alimentaire ne peut pas être durable si le pays produit des matières premières mais importe les produits finis correspondants.

L'Alliance souhaite donc encourager la transformation locale.

Le lait peut être transformé en yaourt, fromage ou autres produits laitiers. Les céréales peuvent être transformées en farines et aliments préparés. Les fruits peuvent être transformés en jus, confitures ou produits séchés. La viande peut être conditionnée et transformée dans des unités répondant aux normes appropriées.

Cette transformation permet :

  • d'augmenter la valeur ajoutée nationale ;
  • de créer des emplois ;
  • de réduire certaines importations ;
  • d'améliorer la conservation ;
  • de développer des entreprises nationales ;
  • d'offrir de nouveaux débouchés aux producteurs.

6. Faire de la jeunesse un acteur majeur

La sécurité alimentaire de demain dépendra largement de la capacité à attirer une nouvelle génération vers l'agriculture, l'élevage, la transformation, la logistique, le commerce et les technologies agricoles.

L'Alliance attend donc la mise en place de programmes permettant aux jeunes d'acquérir :

  • des compétences techniques ;
  • des compétences entrepreneuriales ;
  • des compétences en gestion ;
  • des connaissances en agriculture moderne ;
  • des connaissances en élevage moderne ;
  • des compétences en transformation agroalimentaire ;
  • des compétences numériques.

L'objectif est de faire passer progressivement l'image de l'agriculture et de l'élevage d'activités de subsistance à celle de véritables secteurs économiques et professionnels.


II. LES STRATÉGIES POUR RENFORCER LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Stratégie 1 : Identifier les produits alimentaires prioritaires

La Mauritanie doit définir clairement les produits pour lesquels elle souhaite augmenter sa capacité nationale de production.

Une analyse pourrait permettre de classer les produits selon :

  1. leur importance dans la consommation nationale ;
  2. leur niveau de dépendance aux importations ;
  3. leur potentiel de production locale ;
  4. leur rentabilité économique ;
  5. leur importance nutritionnelle ;
  6. leur capacité à créer des emplois ;
  7. leur potentiel de transformation.

Cette approche permettra de concentrer les investissements sur des filières présentant un réel potentiel.

Stratégie 2 : Développer une agriculture adaptée au contexte mauritanien

La stratégie agricole doit tenir compte des contraintes climatiques et hydriques du pays.

Il convient notamment de favoriser :

  • l'irrigation maîtrisée ;
  • les systèmes économes en eau ;
  • le goutte-à-goutte ;
  • les serres lorsque leur rentabilité est démontrée ;
  • les variétés adaptées ;
  • l'agriculture sous certaines formes protégées ;
  • la récupération et la valorisation de l'eau ;
  • l'amélioration de la fertilité des sols.

L'objectif doit être de construire une agriculture productive, économiquement viable et résiliente face aux contraintes climatiques.

Stratégie 3 : Moderniser l'élevage

L'élevage doit être considéré comme une composante essentielle de la souveraineté alimentaire.

La stratégie peut reposer sur :

  • l'amélioration génétique ;
  • la sélection et la valorisation des races locales ;
  • l'introduction contrôlée de races étrangères adaptées ;
  • l'amélioration de l'alimentation animale ;
  • la disponibilité des aliments de bétail ;
  • le développement de la santé animale ;
  • l'amélioration de l'accès à l'eau ;
  • la construction d'infrastructures adaptées ;
  • l'amélioration des techniques de reproduction ;
  • la modernisation de la commercialisation des animaux et produits animaux.

Une attention particulière devrait être accordée à la production de lait, viande, œufs et volailles, qui représentent des produits essentiels pour l'alimentation des populations.

Stratégie 4 : Construire des chaînes de valeur complètes

Il ne suffit pas de soutenir le producteur isolément.

Il faut développer des chaînes de valeur allant :

Production → collecte → stockage → transformation → conditionnement → transport → distribution → consommation.

Chaque maillon doit être considéré comme une opportunité d'investissement et de création d'emplois.

Cette approche permettra également d'améliorer la rémunération des producteurs en réduisant certaines pertes et en créant davantage de valeur localement.

Stratégie 5 : Développer des pôles agroalimentaires régionaux

Chaque région peut être encouragée à développer des filières correspondant à ses ressources et à ses avantages.

Un pôle peut regrouper :

  • producteurs ;
  • éleveurs ;
  • unités de transformation ;
  • entrepôts ;
  • transporteurs ;
  • commerçants ;
  • institutions financières ;
  • centres de formation ;
  • services vétérinaires et techniques.

Cette organisation permettrait de rapprocher la production, la transformation et la commercialisation.

Stratégie 6 : Faciliter l'accès au financement

La modernisation agroalimentaire nécessite des investissements.

Il est donc important de développer des mécanismes de financement adaptés aux réalités des producteurs et entrepreneurs.

L'Alliance souhaite notamment encourager :

  • le financement des exploitations ;
  • le crédit adapté aux cycles agricoles ;
  • le financement des équipements ;
  • les investissements privés ;
  • les partenariats public-privé ;
  • les coopératives d'investissement ;
  • les mécanismes de garantie ;
  • l'accès des jeunes et des femmes au financement.

L'objectif est de passer progressivement d'une logique de financement ponctuel à une logique de financement des chaînes de valeur.

Stratégie 7 : Développer les infrastructures de stockage et de conservation

La constitution de réserves alimentaires et la réduction des pertes nécessitent des infrastructures appropriées.

Il convient d'encourager :

  • les magasins de stockage ;
  • les silos lorsque pertinents ;
  • les chambres froides ;
  • les infrastructures de conservation des fruits et légumes ;
  • les infrastructures de conservation de la viande ;
  • les infrastructures de conservation du lait ;
  • les systèmes modernes de gestion des stocks.

Cette stratégie peut également contribuer à réduire les fluctuations importantes de l'offre sur certains marchés.

Stratégie 8 : Mettre la technologie et le numérique au service de l'agriculture

La transformation numérique peut contribuer à moderniser les chaînes agroalimentaires.

Des solutions numériques peuvent permettre de :

  • suivre les prix ;
  • identifier les producteurs ;
  • connecter producteurs et acheteurs ;
  • suivre les stocks ;
  • organiser la livraison ;
  • diffuser des informations météorologiques ;
  • faciliter l'accès aux formations ;
  • suivre les troupeaux ;
  • améliorer la traçabilité des produits ;
  • faciliter certains paiements numériques.

La Mauritanie peut ainsi construire progressivement une agriculture connectée, adaptée à ses réalités.

Stratégie 9 : Renforcer la formation et la recherche

La souveraineté alimentaire nécessite des compétences nationales.

L'Alliance souhaite encourager la création ou le renforcement de programmes de formation portant sur :

  • l'agriculture moderne ;
  • l'élevage moderne ;
  • la gestion de l'eau ;
  • la transformation alimentaire ;
  • la nutrition animale ;
  • la santé animale ;
  • la mécanisation ;
  • l'entrepreneuriat agricole ;
  • la gestion des exploitations ;
  • la commercialisation.

La recherche doit également permettre d'identifier les techniques, races et variétés les mieux adaptées aux différentes conditions mauritaniennes.

Stratégie 10 : Constituer des réserves et renforcer la résilience

Une politique de souveraineté alimentaire doit également prévoir les périodes difficiles : sécheresses, crises internationales, hausse des prix, perturbations des importations ou autres événements affectant l'approvisionnement.

Il est donc important de développer progressivement :

  • des stocks stratégiques ;
  • des systèmes d'alerte ;
  • des mécanismes de suivi des marchés ;
  • des plans de réponse aux crises ;
  • des infrastructures de stockage ;
  • des mécanismes permettant de soutenir rapidement les producteurs en situation exceptionnelle.

III. UNE APPROCHE FONDÉE SUR LE PARTENARIAT

La souveraineté alimentaire ne peut être construite par un seul acteur.

Elle nécessite une coopération entre :

État + collectivités + producteurs + éleveurs + secteur privé + investisseurs + banques + chercheurs + centres de formation + jeunes + femmes + organisations professionnelles + partenaires techniques et financiers.

L'ASAP-M souhaite contribuer à créer cet espace de dialogue, de mobilisation et de coopération.

L'Alliance pourrait notamment jouer un rôle dans :

  • la sensibilisation ;
  • la mobilisation des acteurs ;
  • la formation ;
  • la mise en relation des producteurs et investisseurs ;
  • l'identification de projets ;
  • la promotion des filières ;
  • la recherche de partenariats ;
  • la diffusion des bonnes pratiques ;
  • le plaidoyer en faveur du développement des chaînes de valeur agroalimentaires.

IV. NOTRE AMBITION

Notre ambition est de contribuer à l'émergence d'une Mauritanie capable de produire davantage de ce qu'elle consomme, de mieux conserver ce qu'elle produit, de transformer une plus grande partie de ses ressources et de créer davantage de valeur sur son territoire.

La souveraineté alimentaire doit également être une souveraineté économique : lorsque la production augmente, les producteurs doivent gagner davantage ; lorsque la transformation se développe, les entreprises doivent créer des emplois ; lorsque les jeunes investissent dans l'agriculture et l'élevage, ils doivent pouvoir construire des entreprises viables.

Nous voulons ainsi promouvoir un modèle dans lequel :

le producteur produit,
le transformateur valorise,
le commerçant distribue,
le consommateur bénéficie,
et l'économie nationale crée davantage de valeur.

Conclusion

La souveraineté alimentaire de la Mauritanie doit être considérée comme un processus progressif et collectif, et non comme un objectif pouvant être atteint instantanément.

Elle nécessite de produire davantage, mais aussi de produire intelligemment ; de développer l'agriculture et l'élevage, mais également la transformation ; de soutenir les producteurs, mais aussi les entrepreneurs ; d'investir dans les infrastructures, la formation, la recherche et le numérique.

L'ASAP-M souhaite contribuer à cette dynamique en défendant une vision dans laquelle chaque région, chaque producteur, chaque éleveur, chaque jeune et chaque femme peut participer à la construction d'un système alimentaire national plus productif, plus résilient, plus inclusif et créateur de valeur.

La souveraineté alimentaire n'est donc pas seulement une question de nourriture.

C'est une question de production, d'emploi, de revenus, de santé, d'investissement, de dignité et de développement national.

L'objectif ultime est de construire progressivement une Mauritanie qui produit, transforme, conserve, distribue et valorise davantage ses propres ressources alimentaires, tout en restant ouverte aux échanges, aux technologies, aux investissements et aux partenariats internationaux.