1. Les principaux défis
Le développement d’un secteur agropastoral moderne et capable de contribuer durablement à la souveraineté alimentaire de la Mauritanie reste confronté à plusieurs défis structurels.
1.1. Les contraintes climatiques et environnementales
La Mauritanie est particulièrement exposée à la sécheresse, à la variabilité des précipitations, à la désertification et à la dégradation des terres. Ces facteurs affectent directement la disponibilité de l’eau, les cultures, les pâturages et l’élevage.
L’un des défis majeurs consiste donc à développer une agriculture et un élevage résilients face au changement climatique, à travers une meilleure gestion de l’eau, la restauration des terres, l’utilisation de techniques agricoles adaptées et la valorisation des ressources locales.
1.2. La maîtrise et la disponibilité de l’eau
L’eau constitue un facteur déterminant du développement agricole et pastoral. L’extension des superficies cultivées doit nécessairement être accompagnée d’une utilisation plus efficace et durable des ressources hydriques.
La promotion de l’irrigation maîtrisée, du goutte-à-goutte, de la récupération des eaux, du stockage et de solutions énergétiques adaptées peut contribuer à améliorer la productivité tout en réduisant le gaspillage.
1.3. La faiblesse de la transformation locale
Une part importante de la valeur économique des productions agricoles et animales peut être perdue lorsque les produits sont commercialisés sans transformation.
Le lait, la viande, les céréales, les fruits, les légumes et d’autres productions disposent pourtant d’un important potentiel de transformation : produits laitiers, viande conditionnée, farines, aliments pour animaux, produits séchés, conserves et autres produits agroalimentaires.
La transformation constitue ainsi un enjeu majeur pour créer davantage de valeur ajoutée en Mauritanie.
1.4. L’accès aux équipements, aux intrants et au financement
De nombreux producteurs rencontrent des difficultés d’accès aux équipements modernes, aux semences adaptées, aux aliments pour bétail, aux services vétérinaires, aux technologies agricoles et au financement.
Le développement de mécanismes de financement adaptés aux agriculteurs, éleveurs, jeunes entrepreneurs et coopératives constitue donc un défi important.
1.5. La professionnalisation des acteurs
La modernisation du secteur nécessite le renforcement des compétences des agriculteurs, éleveurs, transformateurs, commerçants et entrepreneurs.
La formation doit porter aussi bien sur les techniques de production que sur la gestion, la commercialisation, la transformation, la qualité, le numérique et l'entrepreneuriat.
1.6. La commercialisation et l’organisation des filières
La production seule ne suffit pas. Il faut également disposer de circuits efficaces permettant de relier les producteurs aux marchés.
L’organisation des filières, le stockage, le transport, la conservation, le conditionnement et l’accès à l’information sur les prix sont donc essentiels pour réduire les pertes et améliorer les revenus des producteurs.
1.7. La dépendance aux importations
La dépendance à l’égard des produits alimentaires importés constitue un enjeu important pour la sécurité alimentaire et la résilience économique du pays.
L’objectif ne doit pas nécessairement être de tout produire localement, mais de produire davantage ce que les ressources nationales permettent de produire de manière compétitive, tout en développant progressivement les capacités de transformation et de conservation.
2. Les grandes opportunités
Malgré ces défis, la Mauritanie dispose d’importantes opportunités pour construire un secteur agropastoral moderne et créateur de richesses.
2.1. Le potentiel de l’élevage
L’élevage représente un patrimoine économique et social majeur. Les différentes races animales adaptées aux conditions locales constituent une richesse qu’il convient de préserver, améliorer et valoriser.
Il existe également des possibilités d’introduire, de manière maîtrisée, des races étrangères présentant des caractéristiques intéressantes en matière de production de lait, de viande ou de reproduction, tout en veillant à leur adaptation aux conditions nationales.
L’amélioration génétique, l’alimentation animale, la santé vétérinaire et la transformation des produits d’élevage peuvent considérablement augmenter la valeur de cette filière.
2.2. Le développement de l’agriculture irriguée
Les zones disposant de ressources hydriques exploitables offrent des possibilités de développement de cultures irriguées, notamment pour les céréales, les légumes et certaines productions à forte valeur ajoutée.
L’utilisation de technologies d’irrigation économes en eau peut permettre d'améliorer la productivité et de réduire les risques liés à la variabilité climatique.
2.3. La transformation agroalimentaire
La transformation représente l’une des opportunités les plus importantes.
Au lieu de vendre uniquement le produit brut, la Mauritanie peut développer des unités permettant de transformer :
- le lait en lait pasteurisé, yaourt, fromage et autres produits ;
- la viande en produits conditionnés et transformés ;
- les céréales en farines et produits dérivés ;
- les fruits et légumes en jus, conserves ou produits séchés ;
- les sous-produits agricoles et animaux en aliments pour bétail ou autres produits valorisables.
Cette dynamique peut créer des emplois dans la production, la transformation, le transport, la distribution et le commerce.
2.4. Les opportunités offertes par la jeunesse
La jeunesse mauritanienne constitue un potentiel important pour le renouvellement du secteur.
Avec des formations adaptées, un accès au financement, aux équipements et aux technologies, les jeunes peuvent devenir agriculteurs, éleveurs, techniciens, transformateurs, entrepreneurs agroalimentaires ou prestataires de services.
L’agriculture et l’élevage doivent ainsi être présentés non seulement comme des activités traditionnelles, mais comme des secteurs modernes offrant de véritables opportunités entrepreneuriales.
2.5. Le rôle des femmes rurales
Les femmes jouent un rôle important dans de nombreuses activités liées à l’agriculture, à l’élevage, à la transformation et à la commercialisation.
Le renforcement de leurs compétences, de leur accès au financement, aux équipements et aux marchés peut contribuer à augmenter les revenus des ménages et à dynamiser les économies locales.
2.6. Le numérique au service de l’agriculture
Les technologies numériques offrent de nouvelles possibilités : plateformes de commercialisation, information sur les prix, services vétérinaires, suivi des troupeaux, météo, gestion des exploitations, paiement numérique et mise en relation entre producteurs et acheteurs.
La digitalisation peut également faciliter l'accès aux marchés et améliorer la transparence des chaînes de valeur.
2.7. Le développement des partenariats
Le développement agropastoral peut bénéficier de partenariats entre l’État, les collectivités, les producteurs, les organisations professionnelles, les investisseurs privés, les banques, les institutions de financement, les ONG, les chercheurs et la diaspora.
Ces partenariats peuvent contribuer à mobiliser les capitaux, les compétences, les technologies et les débouchés commerciaux nécessaires à la transformation du secteur.
3. Une opportunité stratégique pour la Mauritanie
Les défis du secteur agropastoral ne doivent pas être considérés uniquement comme des obstacles. Ils peuvent également devenir des opportunités d’innovation, d’investissement et de création d’emplois.
La Mauritanie peut progressivement passer d'un modèle principalement fondé sur la production et la commercialisation de matières premières à un modèle intégrant davantage :
Production → Collecte → Transformation → Conservation → Conditionnement → Distribution → Commercialisation.
C’est dans cette logique que l’ASAP-M entend contribuer à la construction d’un secteur agropastoral productif, moderne, compétitif, durable et inclusif.
L’ambition est de favoriser une meilleure valorisation des ressources nationales, de renforcer les capacités des producteurs, de promouvoir la transformation locale et de créer des opportunités économiques pour les jeunes et les femmes.
Conclusion
La souveraineté agropastorale ne signifie pas l’isolement. Elle signifie surtout la capacité de la Mauritanie à mieux maîtriser ses ressources, développer ses capacités de production et de transformation, sécuriser une partie croissante de son alimentation et créer davantage de valeur sur son territoire.
Les défis sont réels, mais les opportunités le sont également. En associant innovation, formation, investissement, technologie, organisation des filières et transformation locale, la Mauritanie peut progressivement faire de son secteur agropastoral un moteur de croissance, d'emploi et de développement territorial.