La filière élevage en Mauritanie constitue l’un des piliers du secteur agropastoral. Voici une proposition structurée que l’Alliance pour la Souveraineté Agropastorale en Mauritanie (ASAP-M) peut utiliser pour présenter cette filière dans son document de vision.

Filière élevage en Mauritanie

1. Importance de la filière

L’élevage occupe une place centrale dans l’économie rurale et dans la vie sociale de nombreuses communautés mauritaniennes. Il concerne notamment les bovins, les camelins, les ovins et les caprins, ainsi que l’aviculture et, dans une moindre mesure, d’autres espèces.

Au-delà de la production animale, l’élevage contribue à la sécurité alimentaire, à la création de revenus, à l’emploi rural, à la lutte contre la pauvreté et à la valorisation des espaces pastoraux.

La filière possède également un potentiel important de développement des échanges avec les pays voisins, notamment à travers la commercialisation d'animaux vivants, de viande, de lait et de produits transformés.

2. Principaux défis

Le développement de la filière reste confronté à plusieurs contraintes :

  • insuffisance et irrégularité de l’alimentation animale ;

  • dépendance importante à certains aliments et intrants importés ;

  • déficit en infrastructures d’abattage, de conservation et de transformation ;

  • faible transformation industrielle du lait et de la viande ;

  • pertes économiques liées aux maladies animales ;

  • insuffisance des services vétérinaires et de la couverture sanitaire ;

  • difficultés d’accès au financement pour les éleveurs ;

  • faiblesse de l’organisation de certains acteurs de la chaîne de valeur ;

  • difficultés liées à l’eau et à la disponibilité des pâturages ;

  • insuffisance des données statistiques permettant de mieux planifier la filière ;

  • faible valorisation commerciale de certaines races locales.

3. Une priorité : valoriser les races mauritaniennes

L’ASAP-M pourrait défendre une stratégie qui ne consiste pas simplement à remplacer les races locales par des races étrangères.

Les races animales adaptées aux conditions mauritaniennes constituent un patrimoine génétique important. Elles ont développé, au fil du temps, des capacités d'adaptation aux conditions climatiques, alimentaires et sanitaires locales.

L’objectif serait donc de :

conserver → sélectionner → améliorer → multiplier → valoriser commercialement.

Parallèlement, l’introduction contrôlée de races étrangères présentant des caractéristiques intéressantes peut être envisagée lorsque leur adaptation aux conditions locales est démontrée.

Il pourrait notamment être développé des programmes de :

  • sélection génétique ;

  • amélioration des performances ;

  • insémination artificielle ;

  • croisement raisonné ;

  • conservation des ressources génétiques locales ;

  • création de centres d’élevage et de reproduction ;

  • formation des éleveurs.

4. Développer les chaînes de valeur

L'ambition ne devrait pas être uniquement de produire davantage d'animaux, mais de créer davantage de valeur autour de chaque animal.

Élevage → collecte → engraissement → abattage → transformation → conservation → distribution → commercialisation.

Pour la viande, cela signifie développer :

  • des unités modernes d’abattage ;

  • des chambres froides ;

  • la découpe et le conditionnement ;

  • la transformation de la viande ;

  • des réseaux de distribution ;

  • la commercialisation nationale et régionale.

Pour le lait :

production → collecte → refroidissement → transformation → conditionnement → distribution.

Cela peut permettre de développer davantage de produits tels que le lait pasteurisé, le yaourt, le fromage, le lait fermenté et d'autres produits laitiers adaptés au marché national.

5. Moderniser l'élevage

L'ASAP-M pourrait promouvoir un passage progressif d'un élevage essentiellement extensif vers des systèmes plus productifs, mieux organisés et adaptés aux réalités locales.

Cela implique notamment :

  • amélioration de l'alimentation animale ;

  • développement des cultures fourragères ;

  • création de banques d'aliments pour bétail ;

  • amélioration de l'accès à l'eau ;

  • développement de l'élevage semi-intensif et intensif lorsque cela est pertinent ;

  • amélioration des infrastructures pastorales ;

  • suivi sanitaire et vaccination ;

  • identification et suivi des animaux ;

  • utilisation des technologies numériques pour suivre les troupeaux et les marchés.

6. Élevage et jeunesse

La modernisation de la filière peut également devenir une source importante d'emplois pour les jeunes.

L'objectif est de faire de l'élevage une activité économique moderne, et non uniquement une activité traditionnelle.

Des formations pourraient être développées dans :

  • l'élevage moderne ;

  • la santé animale ;

  • la production d'aliments pour bétail ;

  • la transformation du lait ;

  • la transformation de la viande ;

  • la commercialisation ;

  • la gestion d'exploitation ;

  • la reproduction animale ;

  • les services vétérinaires ;

  • les technologies appliquées à l'élevage.

7. Une vision pour l'ASAP-M

L'Alliance pour la Souveraineté Agropastorale en Mauritanie (ASAP-M) ambitionne de contribuer à l'émergence d'une filière élevage moderne, productive, durable, compétitive et inclusive, capable de mieux répondre aux besoins alimentaires de la population tout en créant des emplois, des revenus et de nouvelles opportunités économiques.

Cette vision repose sur un principe :

Préserver notre patrimoine animal, améliorer ses performances, introduire lorsque nécessaire des ressources génétiques adaptées, transformer davantage nos productions et créer plus de valeur en Mauritanie.

L'objectif final est de passer progressivement d'une logique de production et de commercialisation d'animaux à une véritable économie de l'élevage, intégrant production, alimentation animale, génétique, santé animale, transformation, conservation, distribution, exportation et formation.

Ainsi, la filière élevage peut devenir l'un des moteurs de la souveraineté alimentaire et économique de la Mauritanie.